Ada Lovelace, l’enchanteresse des nombres

 

Ada Lovelace disait d’elle qu’elle était une analyste et une métaphysicienne, mais son partenaire, Charles Babbage, l’appelait « l’enchanteresse des nombres ». Voici l’histoire de la femme qui a créé le premier programme informatique.

Ada Lovelace naît le 10 décembre 1815 à Londres, elle est la fille de Lord Byron, un poète britannique assez connu outre-Manche (je vous encourage à lire ses œuvres, si vous êtes bilingues). Elle a la chance de naître dans une famille de nobles, donc, qui a de la thune, mais ses parents sont un peu nuls en ce qui concerne l’éducation. Son père est au cœur de plein d’histoires à scandale, il rend sa femme cocu à lui en faire pousser, non pas des cornes, mais carrément des bois de cerfs. Il paraîtrait même qu’il se tape sa demi-sœur, le bougre. Ils se séparent un an après la naissance d’Ada, qui reste auprès de sa mère, mais qui est élevée par une nounou, qu’elle affectionne beaucoup.

Petite, à cause de la rougeole, elle passe une année entière au lit. UNE.ANNÉE.ENTIÈRE. Vous imaginez ? Moi, j’ai déjà peur de me choper des escarres rien qu’en restant toute une journée à glander sur mon canapé. Bref, c’est à ce moment-là qu’elle commence à rêvasser sur la construction de bateaux et de machines volantes. Une façon de s’échapper de son lit, sûrement, mais qui fera naître en elle, plus tard, des ambitions d’inventions.

Sa mère, qui n’est pas toute pourrie finalement (même si elle élève pas sa fille) (en même temps c’est normal chez les nobles) tient à ce qu’elle soit instruite, et particulièrement en mathématiques. C’est une matière que sa mère aime beaucoup, et c’est aussi une façon de l’éloigner de la littérature de son père, ce gros dégueulasse. Et ça tombe bien, parce qu’Ada adore les mathématiques. Pourtant, un de ses tuteurs estime que les problèmes de maths sont physiquement au-delà des forces et des capacités qu’une femme peut fournir. (« Coucou, c’est moi, le sexisme, je peux entrer ? ») Eh ouais, mais c’est courant de penser ça dans ce temps-là.

À 17 ans, elle rencontre Charles Babbage, un mathématicien et ingénieur. Elle est fascinée par les machines à calcul qu’il créé. On peut s’attendre à ce qu’il y ait de la romance derrière tout ça (je vous vois venir, bande de gourgandins), mais non. Babbage est plutôt vieux, alors il y a plutôt un rapport père/fille, elle voyait probablement en lui le père qu’elle n’avait jamais eu. Ils collaborent ensemble pendant près de 20 ans.

À 19 ans, elle épouse le comte de Lovelace qui lui donnera donc son nom, devenant ainsi Ada Lovelace. Avec lui, elle aura 3 enfants. Son mari est vraiment un mec cool, parce qu’il l’encourage beaucoup dans sa passion pour les mathématiques. Personnellement, j’estime que c’est normal, mais c’est le XIXe siècle, je vous rappelle. Les femmes étaient seulement là pour faire des mômes de temps en temps, et pour celles de la noblesse, leur vie se résumait surtout à rester chez elle à faire de la broderie et à lire des bouquins ou jouer tranquillement du piano. Grosse ambiance. On savait se marrer à l’époque.

Bref, avec Babbage, ils travaillent sur la création de la « machine analytique », « un système mécanique capable de réaliser une série de calculs établis à l’avance et inscrits sur des cartes perforées, considéré comme le précurseurs des ordinateurs ». Elle devait contenir aussi une mémoire expansible, appelée « le magasin ». Cette machine était imaginée dans le but d’effectuer différentes opérations mathématiques. En 1843, Babbage lui demande de mettre en forme et sur papier la description de la machine pour un mathématicien italien. Elle y ajoute ses propres notes à elle, qui sont trois fois plus longues que le texte original de départ. Sachant qu’elle met déjà 9 mois à faire la transcription de la version de Babbage, j’imagine que c’était un truc bien badass. Il y a des calculs erronés de Babbage qu’elle corrige, mais aussi des descriptions sur la façon d’utiliser la machine pour résoudre un casse-tête méga difficile connu sous le nom de « nombre de Bernoulli » (j’aimerais entrer plus dans les détails, mais je suis une grosse quiche en maths, alors si vous êtes intéressés je vous encourage à vous rendre sur ce site )

en mettant au point des schémas de calculs que la machine analytique pourrait faire et qui ressemble trait pour trait à ce qu’on appelle de nos jours des algorithmes. Vous l’aurez compris, Ada Lovelace est donc la première programmeuse informatique. Elle anticipe aussi le fait que la machine analytique ne pourrait pas uniquement résoudre des calculs, mais aussi créer des morceaux de musiques et faire tout un tas de tucs super cools qu’on fait aujourd’hui sur nos ordinateurs. Et ouais les gars : sans Ada Lovelace, pas d’ordinateurs, pas de mails, pas de Minecraft, pas de Facebook, pas de YouPorn.

La machine analytique ne sera pourtant jamais réellement construite, faute de financement. Ada Lovelace investit beaucoup d’argent aux jeux, mais le seul résultat, c’est qu’elle est criblée de dettes. En revanche, les travaux d’Ada Lovelace (et de Charles Babbage, ne l’oublions pas, celui-là) sont publiés. Ils tombent ensuite dans l’oubli avant de réapparaître près de 100 ans plus tard pour les premières constructions d’ordinateurs. Encore aujourd’hui, plusieurs scientifiques remettent en cause sa participation dans la création d’algorithmes, et se chamaillent pour savoir dans quelle mesure elle aurait joué un rôle auprès de Babbage – le milieu scientifique souffre encore beaucoup du sexisme.

Malheureusement, la vie de cette pionnière est courte puisqu’elle meurt le 27 novembre 1852, à 36 ans, d’un cancer de l’utérus. À sa demande, elle sera enterrée à côté de son père. À travers les sciences et les mathématiques, Ada disait qu’elle avait trouvé un sens à sa vie.

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