SIA

Par A.

Je regarde Sia et Nathan qui écoutent attentivement cette vieille dame un peu bizarre. Pendant qu’elle parle je suis en train de me dire que c’est encore un chouette hasard de l’existence de me retrouver au milieu d’un parc en compagnie de ce jeune couple et de cette femme, Clémentine, une ancienne toxico qui a tendance à produire d’interminables monologues autocentrés. Je suis assis dans l’herbe avec ces trois inconnus, on est en rond, Clémentine est à ma gauche et Sia est à ma droite, plus proche. Elle écoute la dame, son copain écoute la dame, et tandis qu’ils prêtent tous les deux une attention presque excessivement docile aux élucubrations stériles de Clémentine, j’écoute mon désir qui me donne envie de connaître davantage Sia.

Elle doit avoir dans les vingt-trois ans, elle a des cheveux noirs très légèrement ondulés sous une casquette qu’elle porte à l’envers et un piercing sous la bouche. Et puis surtout émane d’elle une énergie intéressante, que je devine libérée, spontanée. Je lui pose une question un peu à voix basse pour ne pas interrompre Clémentine, qui continue alors de parler à Nathan, tandis qu’elle et moi entamons une conversation à quatre yeux. Je lui demande si elle est étudiante, elle me répond qu’elle veut devenir assistante sociale. La discussion décolle immédiatement, ces ambitions professionnelles étant souvent le reflet d’aspirations bien plus personnelles. On parle de notre vision du monde, on partage notre regard sur la société. Je sens rapidement une complicité naître entre nous. Nous sommes deux personnes qui, l’espace d’un moment, observent leurs vies, les mettent en commun, les font se toucher. Elle sourit tout en parlant, un sourire franc, un sourire plein, innocent, pur. Comme si au-delà du plaisir de discuter elle s’amusait aussi de cette situation, de l’imprévisibilité de cette conversation qui émerge entre deux inconnus tandis qu’une vieille toxico est en train de raconter sa vie à son copain. Je me sens complètement charmé par ce sourire, et j’ai l’impression de pouvoir presque toucher les énergies que nous produisons en discutant et qui semblent nous entourer tous les deux tel un cerceau lumineux. C’est comme si on se réjouissait ensemble de construire à deux cet échange, comme si chaque phrase venait énergiser un peu plus ce flux qui nous relie. Tout l’instant est imprégné de cette lumière et j’ai envie de me baigner entièrement dedans. Mon regard trahit le plaisir que j’ai à la regarder. Elle semble sentir mon désir qui grandit. La texture de son énergie change : c’est la déesse qui est en elle qui se réveille et s’anime au contact de cette énergie sexuelle qui émane de moi. Sia devient elle-même habitée par l’envie.

Nathan et la vieille dame se lèvent pour aller pisser. Nous continuons notre conversation. Par le verbe, nous nous offrons l’un à l’autre en toute simplicité, sans carapace, sans prétention. A un moment, on rit et je me délecte de son énergie ouverte qui à la fois offre sa lumière et accueille la mienne. Puis on se sourit, les regards l’un dans l’autre. Je sens à ce moment cette douce bienveillance, ce désir lumineux, cette tension vitale qui vibre si fortement entre nous que ses ondulations remplissent tout l’espace. Et là, sans dire un mot, en même temps nous rapprochons nos deux visages, nos bouches sont toutes proches l’une de l’autre, et après une pause très brève, nous nous embrassons. Ce baiser frappe d’abord le corps : ce ne sont que nos bouches qui sont en contact et pourtant à cet instant c’est tout mon être qui vibre. Je suis habité tout entier par ce baiser, il tapisse les parois intérieures de mon corps comme il remplit entièrement le champ de ma conscience. L’Univers à ce moment-là se contracte pour passer entre nos bouches puis se dilate à l’intérieur de mon coeur.

L’Univers vit dans mon coeur.

 

C’est une surprise de sentir à la fois la matérialité de ce contact physique et l’énergie insaisissable qui me remplit soudainement, comme si j’étais devenu tout d’un coup saturé de lumière. Sia ondule du bassin, son désir vient s’ancrer dans son sexe. Tandis que je continue à embrasser sa délicieuse bouche et à boire l’énergie vivifiante de la déesse sexuelle qui prend vie à l’intérieur d’elle, je vois qu’elle déboutonne doucement son jean taille-basse. Il est si petit qu’il n’y a que deux boutons qui couvrent son pubis. Au milieu de notre baiser, elle soulève ses fesses pour venir s’asseoir en tailleur tout près de moi, tandis qu’elle expire lentement en ouvrant sa bouche. Cette bouche ouverte est le miroir de son corps entier devenu pur désir et pure invitation. Une invitation douce, chaude, moelleuse. Le printemps de l’Univers habite Sia, elle est devenue entièrement déesse, messagère de la Force vitale. Tout en continuant de m’embrasser, ravivée par une envie qui se fait plus pressante, plus intense, elle prend ma main et la tire jusque dans sa petite culotte. D’entrer comme ça dans son intimité au milieu du parc, c’est comme si d’un coup un autre monde s’était ouvert à nous. L’existence se double de ce passage vers le divin et devient enchantée par lui. J’effleure sa vulve du bout des doigts, je les passe en douceur sur ses petites lèvres que je sens gluantes de mouille. Sa respiration se fait plus forte, je devine son impatience à se faire pénétrer. Elle approche sa bouche de mon oreille et ses respirations chaudes me donnent des frissons. D’une voix délicieuse, d’une voix qui n’est que pure brume évanescente de son désir bouillonnant, elle me murmure : « enfile tes doigts à l’intérieur de moi. » Ces quelques mots venus de loin remplissent mon corps d’énergie. Il déborde presque de cette tension sexuelle qu’il arrive à peine à contenir. Je ressens la Pulsion de vie dans sa forme la plus essentielle, la plus vraie. Je glisse mes doigts à l’intérieur de sa petite chatte toute humide et cette sublime douceur ravive en moi la pensée, la conviction que les femmes sont de magnifiques créatures. Sentir la déesse qui anime Sia à ce moment-là c’est comme sentir le miracle vital qui anime chaque instant. Ce mouvement de mon corps vers le sien n’est que la partie tangible d’un mouvement bien plus vaste, celui de mon être qui se laisse inviter à la Vie.

Et à cet instant, là au milieu de ce parc, c’est en même temps l’Univers tout entier qui renaît à lui-même.

Laisser un commentaire

Ceci est une boutique de test — aucune commande ne sera faite pour le moment.. Ecris nous un petit mail pour la commande: info.junon@gmail.com Ignorer