Rosa Parks : « Déso bro, je ne changerai pas de place »

Par Bibiche

Cette fois-ci on part pour les États-Unis pendant les années 1950, et on va se pencher sur une femme qui a permis l’abolition de lois racistes, Rosa Parks.

 

Rosa Parks est née en 1913 en Alabama. Je sais pas si tu sais, mais l’Alabama fait partie des états du sud des États-Unis, marqués par un passé bien raciste (cf. esclavage, champs de cotons, toussa toussa). Et, bien évidemment sinon c’est pas marrant, Rosa Parks est noire. Voilà, tu peux déjà sentir que ça allait pas être jojo tous les jours pour elle.

Elle passe pourtant une enfance ordinaire dans une école rurale avant d’intégrer une école privée, poussée par sa mère qui tient à ce qu’elle ait la meilleure éducation possible malgré leur situation – à savoir, être noir et donc plutôt pauvre. Alors qu’elle entre dans le secondaire, sa grand-mère puis sa mère tombent malade et Rosa Parks abandonne les cours pour s’occuper d’elles pendant que son frère, de deux ans plus jeune, travaille. Ses parents étaient séparés.

Elle se marie en 1932 et retourne dans le secondaire où elle en sort en 1934, son diplôme en poche (à l’époque 7% des noirs avaient un tel niveau d’étude). Son mari, de 10 ans son aîné, n’a pas reçu le même niveau d’éducation qu’elle à cause de la ségrégation. C’est sa mère qui assura ses études. Il soutient Rosa dans la poursuite de ses études. Elle sera plus tard couturière jusqu’en 1955 mais est aussi de temps en temps aide-soignante. Dans les années 1930, ils s’inscrivent tous les deux à la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People). Ils sont membres actifs, ensuite elle devient secrétaire puis jeune leader locale. En 1943, elle est membre du American Civil Rights Movement, qui milite pour les droits des afro-américains. Je pense qu’on peut dire que Rosa Parks est du genre engagée, hein. Et ça se comprend. Quand elle était plus jeune, son grand-père montait la garde devant la ferme contre le Ku Klux Klan, donc forcément, ça laisse des traces. Voilà, là tu vas comprendre pourquoi sa vie était pas coolicool. Le KKK, c’est une organisation américaine suprématiste blanche, créée à la fin du XIXe siècle. En d’autres termes, ce sont de GROS RACISTES, qui aiment bien pourrir la vie des noirs, leur faire comprendre qu’ils les considèrent comme des sous-merdes, les torturer et même carrément les tuer, parce que bon, hein, on n’est pas à ça près, pis c’est une sous-race, ils méritent que ça. Le KKK avait déjà brûlé deux fois l’école de R. Parks, alors la famille n’était pas sereine. Jusqu’à la fin des années 1960, dans le sud des États-Unis, règne la ségrégation. C’est-à- dire que même si le citoyen lambda ne fait pas partie du Ku Klux Klan, il estime quand même qu’il vaut mieux qu’un noir. Et que c’est normal de ne pas se mélanger à lui. Concrètement, au quotidien, ça signifie : pas les mêmes toilettes publiques, des écoles différentes selon les couleurs (sachant qu’aux US, les écoles sont financées par les gens du quartier, donc les écoles noires avaient peu de budget), des métiers pas accessibles pour les noirs, et d’autres, au contraire, qui leur étaient plutôt réservés. Par exemple tu sais, la nounou/bonne à tout faire des familles blanches de classes moyennes ou de milieux aisés, que tu as peut-être vu dans La Couleur des sentiments (si ce nom ne te dit rien, je t’invite à googler et visionner ce film génial), dans Masters of Sex ou dans n’importe quel autre support qui relate la vie dans les années 50-60 aux USA ?

Bon, voilà, ça te donne une idée. Dans les bus aussi la ségrégation est présente, les noirs doivent s’asseoir derrière et les blancs devant, les fontaines publiques sont séparées, et quand un blanc arrive dans un lieu public, c’est dans son droit de se faire servir avant une personne de couleur ou bien de carrément la virer de sa place si l’envie lui prend. Tout simplement. Ouais, y a une bonne ambiance.

Le 1er décembre 1955, Rosa Parks prend le bus, comme tous les jours, pour se rendre au travail ou en revenir. Le bus est complet, et il n’y a plus de place disponible pour les blancs à l’avant, alors ils restent dans l’allée. Le chauffeur de bus s’arrête pour demander aux noirs au fond de céder leur place fissa fissa – comme tu le ferais (peut-être, j’espère) pour une vieille dame, un handicapé ou une femme enceinte, sauf que là c’est juste des mecs blancs. Ils s’exécutent tous, comme ils ont l’habitude de le faire. Tous, sauf Rosa Parks. Elle refuse. Le chauffeur lui demande alors : « Pourquoi tu te lèves pas (grognasse) ? » (En vrai il a pas dit « grognasse », mais je suis sûre qu’il le pensait, aussi, j’ai pris la liberté de l’ajouter.) Rosa répond « Je ne pense pas que je devrais me lever ». Je ne vous raconte pas le scandale, les amis ! Le chauffeur appelle alors la police et la rebelle se fait arrêter. Elle est ensuite emprisonnée et doit payer une amende de 15$, ce qui représente quand même quelque chose, pour l’époque. Plus tard, Rosa Parks donne sa propre version des faits : « D’abord, j’avais travaillé dur toute la journée. J’étais vraiment fatiguée après cette journée de travail. Mon travail, c’est de fabriquer les vêtements que portent les blancs. Ça ne m’est pas venu comme ça à l’esprit, mais c’est ce que je voulais savoir : quand et comment pourrait-on affirmer nos droits en tant qu’êtres humains ? Ce qui s’est passé, c’est que le chauffeur m’a demandé quelque chose et que je n’ai pas eu envie de lui obéir. Il a appelé un policier et j’ai été arrêtée et emprisonnée ».

Martin Luther King, jeune pasteur de Montgomery (Alabama) qui milite pour les droits civiques des noirs, s’intéresse à l’affaire et appelle au boycott des bus. MLK est un pacifiste, donc c’est sa façon d’agir : les boycotts, les marches, et les sit-ins. Toute cette histoire commence à être connue de plus en plus (merci l’arrivée de la TV) et dure 381 jours. Le mouvement a trois revendications immédiates :

1. -que les Blancs et les Noirs puissent s’asseoir où ils veulent dans l’autobus

2. -que les chauffeurs soient plus courtois à l’égard de toutes les personnes

3. -que des chauffeurs noirs soient engagés

Comme tout cela prend de l’ampleur (381 jours on vous dit, plus d’un an !), la Cour Suprême se voit obligée d’agir, elle ne peut plus faire semblant. Eh ouais. Avant elle fermait les yeux sur les actes ségrégationnistes, mais là, elle n’a plus le choix. Le 13 novembre 1956, la ségrégation raciale est interdite dans les bus et Rosa Parks devient une héroïne. C’est la première pierre de plusieurs actions menées par Martin Luther King, qui décide de ne pas s’arrêter là. Ce qui l’a rendu célèbre aux yeux du monde est bien entendu la Marche de Washington de 1963. Mais bon, il va finir par voler la vedette de notre Rosa, alors continuons.

Elle quitte le poste de secrétaire au sein de la NAACP en 1957, année où elle part de l’Alabama pour Detroit (Michigan), pour trouver du travail mais aussi pour des raisons de sécurité (ben ouais, quand tu deviens connu comme ça, t’es encore plus sujet aux menaces), où elle restera jusqu’ à sa mort. En 1987, elle fonde, avec Elaine Eason Steele, la Rosa and Raymond Parks Institute of Self-Development, en l’honneur de son mari, décédé 10 ans plus tôt. Le but est de motiver et de diriger des jeunes qui ne sont pas la cible des programmes habituels, pour les aider à réaliser leurs projets et les pousser à aller au meilleur de leur potentiel. Elle pense que les jeunes ont une énergie indispensable pour changer les choses.

Elle reçut plus de 43 doctorats honorifiques, des centaines de plaques, de certificats, de prix et les clés de plusieurs villes. Parmi eux, on peut citer la NAACP’s Spingarn Medal, le UAW’s Social Justice Award, le Martin Luther King, Jr. Non–Violent Peace Prize et le ROSA PARKS PEACE PRIZE en 1994, à Stockholm. En 1996, le président Clinton lui remet la Medal of Freedom, la plus haute récompense pour un simple citoyen.

Elle meurt le 24 octobre 2005 à Détroit, souffrant de démence depuis l’année précédente. Aujourd’hui encore, elle reste dans les mémoires pour avoir été une des premières à se rebeller contre les lois ségrégationnistes, encourageant des centaines et des milliers de personnes à prendre part à la cause.

 

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