L’histoire de mon vaginisme

par Pauline B.

C’est l’histoire d’une fille, il y deux ans. Cette fille avait à peine 17 ans et voulait juste croquer la vie à pleine dent. Je l’ai rencontré un soir d’été. Nos deux familles se connaissaient, c’étaient des amis que l’on voyait très peu souvent. Nous avons juste échangé quelques mots, et puis je suis rentrée. Rien de spécial.

Cet été-là, je travaillais dans un commerce de mon village. Comme tous les jours, je rangeais le magasin, et j’eus la surprise de le voir arriver avec sa mère. Elle nous laissa seuls, et il me proposa de le rejoindre le soir pour faire une partie de tennis. J’acceptai, je trouvais l’idée bonne pour aller me défouler un peu.

Je le rejoignis en fin d’après-midi pour jouer ; je me souviens l’avoir trouvé rapidement très proche de moi, très attentionné. Je sentais tout le temps son regard porté sur mon corps, les compliments allaient et venaient. Le fait d’être complimentée me plaisait mais lui, son corps, son regard, me dégoûtaient. J’étais mal à l’aise.

Je suis rentrée chez moi, je me souviens très bien du message qu’il m’a envoyé un peu plus tard. Il me disait que je lui avais plu dès ce premier soir, qu’il me trouvait superbe et qu’il voulait aller plus loin avec moi. Je m’en doutais un peu ! Seulement, je ne savais pas quoi répondre… Je savais qu’il ne me plaisait pas du tout physiquement mais je me suis dit « Allez, l’habit ne fait pas le moine. » « Tu ne dois pas juger juste par l’apparence. » Le fait qu’il m’ait complimentée, qu’à chaque regard je me sentais admirable à ses yeux ; j’acceptai parce que ça, ça me faisait du bien.

Il habitait à 3 heures de chez moi, il est donc reparti. J’ai repris mon quotidien à l’école, et il m’a proposé que l’on se voie un week-end par mois, puis toutes les deux semaines. Mes parents, mon frère et ma sœur ont compris que je sortais avec lui et ils ont commencé à me dire qu’il ne me correspondait pas du tout… qu’ils le trouvaient laid… que je sortais avec lui parce que je devais être en manque d’amour…

Je savais qu’ils avaient raison, et là, un dilemme a commencé à se mettre en place : d’un côté, je voulais les écouter et m’écouter, d’un autre ce gars m’offrait tout, était tout le temps là pour moi, pour écouter mes joies, mes peurs, mes angoisses. Je pouvais l’appeler à n’importe quelle heure, il me répondait toujours avec patience et attention. J’étais comme dans un cercle vicieux : je me disais que si je voulais être écoutée, j’avais besoin qu’il soit là, alors je me forçais à l’embrasser parce qu’au fond, je me disais que l’embrasser ce n’était rien pour payer ce réconfort. Les semaines passèrent…

Et puis vinrent les vacances de Noël et il m’invita à fêter le réveillon chez lui. Mes parents s’y opposèrent de suite, et sa mère les appela. Elle les rassura, tout allait bien se passer. Et moi, je soutins que je voulais y aller. Pourquoi ? Je ne saurai jamais vraiment l’expliquer. Je savais que là-bas j’aurais toute l’attention braquée sur moi, tout le monde aux petits soins, et je pense que c’est ce qui m’a toujours plu. Là-bas, il paya tout ; les billets de train ; les restaurants qui se suivaient… Un après-midi nous allâmes, lui, ses parents et moi au bord de la mer. Restaurant, photos… mais là, quelque chose n’allait plus. Je me sentis d’un coup horriblement mal. J’avais mal partout dans mon corps, j’étais fatiguée et une sensation d’angoisse m’envahit. Tout allait trop vite autour de moi. Ils me demandèrent si tout allait bien, et je demandai à rentrer à la maison. Ils me ramenèrent, et là pareil, j’eus droit à tout.

Mais moi j’avais juste envie d’être seule. Je m’allongeai alors sur son lit, et j’essayai de m’endormir. J’essayais de me calmer. Je ne savais pas ce qu’il se passait. J’aurais aimé appeler ma mère, mais je savais qu’elle allait m’en vouloir de ne pas être restée avec eux. J’attendis un peu, et je finis par me relever. C’était le soir du 31. On devait se rendre à une petite soirée, je me préparai. Il était là, il me disait qu’il me trouvait magnifique. Et je le sentis commencer à me caresser, mais le temps passait, on devait y aller. Je savais que je ne voulais absolument pas coucher avec lui, il ne me plaisait vraiment pas. Mais son parfum restait sur mes vêtements, je le sentais partout, tout le temps. J’avais l’impression de me tromper, et j’angoissais encore et encore.

La soirée me soulagea un peu, je fis connaissance avec d’autres personnes, je savais qu’il n’était pas loin mais j’étais aussi avec les autres. Puis vint le temps de rentrer, avec lui dans la voiture, toute seule. Dans sa rue. Dans sa chambre. Face à son miroir, dans sa salle de bain donnant sur sa chambre. Derrière moi, admiratif, il me déshabilla. Je me laissai faire comme une poupée, mais, dans ma tête, il n’y avait plus rien. J’étais vide. Je me laissais faire. Je me retrouvai sur son lit nue, lui aussi. Et là, j’eus très peur. J’étais consciente de ce qui pouvait se passer, alors je fis mine d’être fatiguée, je dis que j’avais besoin de dormir. « Pas maintenant ». Ses caresses, je les sentis toute la nuit, et je fis semblant de dormir. Il me toucha partout, tout mon corps lui appartenait. Je ne maîtrisais plus rien, je voulais partir mais je ne savais pas où. J’avais la sensation d’être coincée.

Le matin je me réveillai, je voulu prendre une douche. J’avais tellement la sensation d’être sale. Je voulais me retrouver toute seule, alors j’allai sous sa douche. Je retenais mes larmes de toutes mes forces quand il me rejoignit. Et il me caressa. Il me dit qu’il aimait mon corps, ça tombait bien, moi je ne l’aimais plus. Je ne m’aimais plus, comment avais-je pu être aussi lâche avec moi-même ? J’avais la sensation d’être violée.

Les vacances se terminèrent, et il continua à m’envoyer des lettres d’amour, il m’appelait tout le temps, et moi je continuais à lui répondre. Je devins un objet.

Cette histoire se termina quand il décida de ma larguer, comme ça, du jour au lendemain, par un simple message disant qu’il ne me voulait plus. Comme une lettre qu’on jette à la poubelle.

Aujourd’hui, je suis avec une autre personne, je me sens bien avec lui. J’ai mis plus de 6 mois à accepter d’avoir des relations sexuelles, et j’essaye petit à petit d’accepter mon corps avec mon nouveau copain. Il m’aide énormément, me réconforte quand je repense à ce moment de ma vie. J’ai un énorme sentiment de culpabilité en moi parce que je crois que c’est de ma faute. C’est moi qui me suis laissée embarquer dans cette histoire, je n’ai pas su mettre de barrières. J’ai seulement gardé des flashs de cette histoire, et petit à petit, plus le temps passe, plus d’autres souvenirs reviennent. J’ai aussi gardé une séquelle de cette histoire physique : je suis atteinte de vaginisme. Et pour me soigner, je dois repenser à cette histoire, pour essayer de guérir cette brèche psychologique qui, jusqu’à maintenant, me pourrit la vie. J’ai espoir d’arriver à surmonter ça, et ce texte fait partie de mon travail.

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