Les MST… l’enclume au dessus de nos têtes

Par Déesse

« Lolo, je pense que j’ai chopé le SIDA. »
Une des plus grosses frayeurs de ma vie.

« Lolo, je pense que j’ai chopé le SIDA. » Une des plus grosses frayeurs de ma vie. Quelques jours plus tôt, après de longs mois passés sans bras masculins autour de mon corps, je rencontre B., un musicien très séduisant. Il était beau. Il avait un corps que je n’osais imaginer qu’en rêve. Il était charmant. Et beau, est-ce que je l’avais mentionné ? Et l’inévitable est arrivé. Il m’embrasse, je l’embrasse. La température monte vite et dans la précipitation et l’excitation du moment : « T’as une capote ? – Non et toi ? – Non plus… » Peu importe, me revoilà dans ses bras, à moitié dévêtue, puis complètement nue, puis sur mes genoux, et de fil en aiguille… J’ai un rapport sexuel non protégé avec quelqu’un que je ne connais que vaguement.  Sans préservatif. Bien le bravo à moi.

Le lendemain, fièvre et symptômes grippaux. Le surlendemain, des démangeaisons pour le moins désagréables. Pendant quelques jours, je n’y prête pas grande attention. La grippe en hiver ? Bah oui, tout le monde est malade ces derniers temps, rien de bien spécial à signaler. Des démangeaisons ? Ça arrive à toutes les filles, aucune raison de s’attarder là-dessus. Ma plus grande inquiétude est celle de tomber enceinte, je file à la pharmacie prendre la pilule du lendemain, et je n’y pense plus.

Seulement, moins d’une semaine plus tard, après un somme en amphithéâtre durant une conférence plutôt rébarbative, je me réveille en sursaut du fait d’une mauvaise blague d’une copine qui a jugé marrant de me chatouiller alors que je sombrais dans un sommeil assez profond. Je découvre par la même occasion un appel manqué et un message vocal de mon meilleur ami : « Hey beauté, je dois te parler d’un truc. Rappelle-moi quand tu peux. Mais pour faire bref, tu te rappelles de numéro trois ? (Son plan cul numéro trois, donc.) Elle vient de me dire qu’elle vient de se faire diagnostiquer une M.S.T. et m’a conseillé de me faire dépister. Je l’ai fait et je n’ai rien, je n’ai jamais été aussi heureux d’utiliser des capotes à tous mes rapports. »

Entre mon réveil brusque et ces révélations pour le moins choquantes, mon sang ne fait qu’un tour, mon cœur se met à battre au point de me faire mal à la poitrine, et me voilà en train de googler sur mon portable « symptômes VIH ». Allez savoir pourquoi le S.I.D.A. est la seule M.S.T. qui me passe par la tête à ce moment, mais ce que je découvre me laisse dans un état calamiteux. « Le virus est latent pendant plusieurs années, mais dans les semaines qui suivent la contamination, le patient peut éprouver les symptômes d’une grippe ou mononucléose qui disparaissent sans traitement après quelques jours. » Je passerai la description de l’état de panique dans lequel je me trouve.  Et surtout, cette sensation d’avoir fait une erreur qui peut me coûter ma vie. Des idées défilent dans ma tête, certaines pires que d’autres, et une question récurrente me revient toujours à l’esprit : « Et si tu venais de gâcher ta vie, hein ? Plus d’avenir (ou du moins, difficilement envisageable), plus de relation avec une personne saine possible, plus de gosses possibles ? Pouf ta vie ! Ah bah bravo, tout ça pour une simple partie de jambes en l’air. Bordel de merde, quelle conne mais quelle conne ! » Bah oui, je me pensais plus intelligente que ça.

J’en parle à des copines qui ne font pas grand chose pour me rassurer et rient de ce qu’elles appellent mon « incroyable libido ». Elles me conseillent quand même d’aller faire des tests sanguins. En quête de réconfort ou de paroles moins inquiétantes, je me tourne alors vers un copain plus âgé, plus posé, qui m’apaise en me disant que des symptômes n’apparaîtraient pas aussi vite que le lendemain du rapport mais me conseille aussi d’en faire, parce que « […] les I.S.T. ma chérie, ça court. Et toi aussi, cours te faire dépister, appelle ton gynécologue ou ton médecin, mais fais quelque chose pour, juste au cas où. »

Pendant la soirée, j’ai le temps de relativiser. Voyons, le gars est clean. Il n’a sûrement pas le ça. Dans le pire des cas, ce n’est « qu’une » I.S.T.
J’appelle mon meilleur ami qui me parle un peu de son histoire avec numéro trois. Je lui expose mes inquiétudes par la même occasion. Il me dit que si B. n’a pas joui en moi, alors aucun risque. Je lui parle du liquide pré-séminal. Il me dit qu’il n’y a pas de sperme là-dedans la première fois qu’il jouit, mais juste si on a recommencé. Je le traite d’idiot et lui dis qu’il aurait dû mieux suivre ses cours d’éducation sexuelle, parce que bien évidemment qu’il y a un minimum de sperme là-dedans, et qu’au contraire il y en a plus la première fois que les suivantes.

« – Au fait, fellation ou pas ?
– Yes yes…
– Ah bah petite conne, t’es pas très forte, hein. Tu sais que tu peux chopper une M.S.T. en suçant ?
– T’es sérieux ?
– Ouaip. Au moins ça je le sais tu vois. Toi aussi t’aurais dû suivre au lieu de te la toucher en cours. Ou de littéralement te la toucher.
– Hahahah, t’es con. Je me sens encore plus dans la merde du coup, merci.
– Tiens moi au courant, d’accord ? Tu m’inquiètes avec tes histoires, même si je suis sûr que tu fais ton hypocondriaque là.
– Mmmh, bisous. »

Sur les conseils avisés de mes amis et surtout du fait de mes inquiétudes croissantes, le lendemain matin, j’appelle le gynécologue.  « Désolé mademoiselle, pas de rendez-vous possible avant mai, nous sommes débordés. » Je suffoque. On est en février, bordel. « Oui mais c’est urgent, je pense que j’ai attrapé une I.S.T et… – Mademoiselle, pour ça il faut passer par le planning familial. Je vous donne le numéro, notez bien. »
Me voilà donc entre deux cours galopant dans le métro pour aller me faire dépister dans un centre pas trop loin de mon université. J’arrive, j’explique les faits et on me demande quelques informations. On me tend un carton avec un numéro et on me dit d’attendre le docteur. Quand mon tour vient enfin, il me pose des questions qui d’habitude ne me gênent pas, mais son regard sceptique me déstabilise quelque peu.

«- Combien de partenaires sexuels avez-vous eus depuis un an ?
– Hmmm laissez-moi compter une seconde. Un, deux… 4 ? »  Deux secondes plus tard, je réalise que la réponse était en fait 6, mais je n’ose pas revenir sur mes propos face à son haussement de sourcil.
-Femmes, hommes ?
– Une femme et 3 hommes.
– Vous utilisez le préservatif souvent, rarement, jamais ?
– Souvent.
– Rapports buccaux-génitaux ?
– Oui.
– Souvent, rarement, jamais ?
– Mmmmh…
– Je parle de l’usage du préservatif.
– Ah. Euhm… »

Nouveau haussement de sourcil. Ah, que c’est bon de se faire juger sans gêne. Il me pose encore d’autres questions avec le même air critique. Auscultation, position gynécologique, blablabla, prélèvement sanguin : après 40 minutes, on me dit de revenir dans une semaine chercher en main propre mes résultats. Avant de partir, le docteur me précise que ce test me dira si j’ai contracté le VIH durant mes derniers rapports, mais pas avec B. parce qu’il faut attendre 6 semaines pour avoir des résultats qui lui sont relatifs.

Je n’y avais pas pensé, mais il se pourrait que je l’aie choppé avant aussi ? C’est décidément la joie. Restons zen. Inspirons. J’avais pensé aux capotes, pas de soucis. Expirons.

Je ressors rassurée parce que je n’ai visiblement pas d’I.S.T. ou d’autre connerie de ce genre, même si je dois attendre les résultats de mes analyses sanguines pour être fixée.

J’appelle L. au passage :

« -Lolo, j’ai rien je pense, mais je dois passer prendre les résultats plus tard. Visiblement, je n’ai sûrement pas le S.I.D.A. mais bon, c’est une bonne chose que de se faire tester, histoire de savoir. Sinon c’est pas mal ces centres, c’est gratuit et vraiment totalement anonyme, ils n’ont même pas pris mon nom.
– Ne m’en parle pas, je suis passée par là, j’avais flippé aussi avec mon ex. J’ai même pensé faire un déni de grossesse pendant longtemps. On devient tous hypocondriaques en lisant les témoignages sur Google…
– Un déni de grossesse ? Ah mais… maintenant que j’y pense, mes dernières règles m’ont semblé anormales.
– Tu es folle. »
Me revoilà encore partie dans un nouveau délire : ça se trouve, je suis aussi enceinte et je ne le sais pas.

Morale de l’histoire : plus jamais, jamais, jamais sans préservatif. Jamais.
Déesse.

 

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