La Fonction de L’Orgasme

Par Jessica & Clémentine

Cette semaine nous avons rencontré Constance et Didier, metteurs en scène de « La Fonction de L’Orgasme », une recherche théâtrale passionnante

Je sors à l’instant de la représentation théâtrale « La fonction de l’orgasme » mise en scène par Didier Girauldon, Constance Larrieu et Jonathan Michel et j’en suis encore toute … mmh..chamboulée
Malgré ce froid-beaucoup-trop-glacial , qui me transperce le corps à la sortie du théâtre, une chaleur anime mon corps, car oui, je vous préviens tout de suite, on ne peut pas en sortir indemne après avoir appris, ou du moins avoir pris conscience, de ce qu’était…LA fonction de l’orgasme.
Constance, seule sur scène, parfois présente physiquement, d’autres fois seulement sur une vidéo projetée , nous emmène petit à petit dans ses recherches, qu’elle a effectuées suite à sa découverte personnelle de l’essai, éponyme à la pièce, de Wilhelm Reich, psychiatre allemand dans les années 30. Selon ce fameux Reich, l’orgasme est au centre de la santé physique, psychique, morale de l’humain.
À travers des interviews, réflexions personnelles, faits historiques et scientifiques, elle nous explique tout, tout, tout sur l’orgasme, celui de la femme, celui de l’homme, et on se prend à s’intéresser à ce sujet qui, d’habitude, est si mystérieux, si ce n’est tabou.
La comédienne occupe l’espace, elle danse, chante, gigote de partout et nous fait rire aux éclats en défendant de vrais engagements. Tout est mis en place pour nous faire ressentir « corporellement », « charnellement », ce qui est évoqué, un immense tapis en laine dans lequel on a envie de se rouler, une interaction image et son qui fonctionne parfaitement, et des moments à la limite d’un prude érotisme.
<br>Ce soir-là, dans la salle quasi-pleine, la majorité du public n’était pas tout jeune et avait surement déjà dû connaître de beaux jours dans sa vie sexuelle. Pourtant, on a senti une sorte de courant électrique supposant qu’en cette nuit d’hiver, l’urgence était au plaisir.

 

 

Présentez-nous en deux mots la forme théâtrale que prend « La fonction de l’orgasme »

Constance Larrieu :
C’est une conférence-spectacle, on pourrait dire une conférence-performance.
Ca débute en vraie-fausse conférence scientifique avec une recherche que l’on a faite.
Comme c’est un monologue théâtral, ça devient aussi une performance d’actrice finalement, c’est-à-dire que l’idée est de réellement d’inclure les gens.
Quand le spectacle commence, je parle frontalement au public, il n’y a pas de quatrième mur, je m’adresse directement aux gens. Mais petit à petit, ça devient tout de même un spectacle.

Pourquoi avoir choisi cette forme plus qu’une autre ?

Didier Girauldon :
On a beaucoup réfléchi sur la manière d’aborder les écrits de Wilhelm Reich qui nous ont poussé à faire ce spectacle, car c’est avant tout un ouvrage psychanalytique.
On souhaitait que le sujet de l’Orgasme soit traité assez sérieusement, et en étant assez documenté.
Le piège aurait été de tomber dans quelque chose qui théâtralise complètement, ce qui éloigne le spectateur.
On souhaitait vraiment que le public ressorte en ayant appris des choses.

Constance Larrieu :
J’avais ce projet en tête depuis longtemps, j’ai donc trouvé intéressant de raconter toutes les étapes dans ma démarche.<br>
On a voulu donner des sensations aux spectateurs, avec du son, des lumières agréables, des vidéos, et même un tapis en fausse fourrure qui donne envie de se rouler dedans. Des choses qui éveillent un peu les sens.

 

Justement, comment s’est faite cette collaboration, comment est née cette idée ?

Constance Larrieu :
Pour commencer, on est partis des écrits de Wilhelm Reich. J’ai découvert son livre « La fonction de l’orgasme » qu’on m’avait donné à lire il y a presque 10 ans. On m’avait dit : «Il faut absolument que tu le lises, ça va t’intéresser».
J’ai donc lu cet ouvrage que j’ai trouvé génial, et me suis dit qu’il fallait faire quelque chose avec, au théâtre .
Il y a peu de gens qui traitent de la sexualité au théâtre, donc je me suis dit que théâtralement c’était vraiment intéressant.
J’ai alors demandé à Didier avec qui j’avais déjà travaillé, si on adaptait le livre ou si on réécrivait le texte. Finalement, on a choisi la deuxième option.
Il n’y a peut-être que 4 à 5 pages de l’ouvrage de Reich dans la pièce. Le reste, c’est de nous.
C’est d’ailleurs drôle que les gens se demandent ce qui vient de Reich et ce qui vient de nous. »
Nous avons ensuite choisi d’étendre la recherche, à trois, avec notre vidéaste Jonathan Michel.
On a essayé de construire un vrai objet théâtral, avec des interviews, des vidéos, un journal intime que j’ai tenu tout au long de notre processus de création.

 

Les écrits de Wilhelm Reich datant de 1927, l’orgasme reste t-il un sujet d’actualité ? A t-il mûri dans la tête des gens ? Car ça paraît toujours aussi tabou, non ?

Didier Girauldon :
Je pense que ça n’a pas plus mûri que ça depuis le temps.
Les années 20-30 étaient paradoxalement une période où les moeurs sexuelles étaient très libérées dans l’est de l’Europe.
Puis, avec la montée d’Hitler au pouvoir, une scission s’est faite entre l’école Jungienne et Freud notamment : ils se sont mis tacitement d’accord sur le fait qu’il ne fallait pas en parler. Mais Reich a dit « Mais on s’en fout ! » Il a donc été chassé d’Allemagne et a dû migrer aux États-Unis afin de continuer ses recherches.
Alors oui, on a l’impression que le tabou est brisé aujourd’hui, on en entend parler partout, des magazines à internet, avec la pornographie… On a l’impression que l’on est très libérés, mais finalement on ne parle pas vraiment d’orgasme.

Constance Larrieu :
Où est-ce qu’on est convoqué intimement là-dedans ?
On parle de moins en moins d’amour. Forcement, notre société à évolué.
Nous ne sommes plus dans la quête du mariage à tout prix et à notre époque on se sent presque révolutionnaire de vouloir se marier et être en couple.

 

Avec un sujet comme l’orgasme, comment avez-vous fait pour ne pas tomber dans le vulgaire, dans le pornographique, en sachant que la frontière est assez poreuse ?

Constance Larrieu :
Je pense que c’est justement parce qu’on a décidé d’exposer la recherche avant tout et de dire : «Voilà, on va vous apprendre à jouir» qu’on a réussi à ne pas tomber dans le vulgaire.
On a aussi rajouté un peu de légèreté, un peu d’humour dans le spectacle.
C’est sûr que la limite est ténue mais… peut-être parce que je suis une femme sur la scène, il y a peut-être quelque chose de plus gracieux et de plus engagé.

Reich fait souvent le lien entre l’orgasme et la santé, pensez-vous que parler de ce sujet à un public serait une sorte de thérapie, de prévention pour aider les gens personnellement ?

Constance Larrieu :
J’espère en tout cas que le spectacle va leur donner envie de se poser des questions sur eux.
En tout cas c’est les retours qu’on a, les gens nous disent : « Ça m’interroge, je me dis qu’il faut que je réfléchisse, il n’y a pas que ce que je suis dans ma vie, dans ma sexualité mais aussi comment je suis au travail.

Didier Girauldon :
Parce que Reich va même plus loin, il met l’orgasme au centre, un orgasme qui permet d’être en accord avec son corps, dans la totalité de son corps. Il permet d’être sain sexuellement, socialement, culturellement mais aussi politiquement. Il va même jusqu’à dire : si tout le monde jouissait, il n’y aurait pas de fascisme, il n’y aurait pas eu Hitler au pouvoir.
L’orgasme est quelque chose de très fort.
Et même en donnant sa place à l’amour dans la vie de tous les jours, les gens viennent me dire : «C’est bizarre d’entendre que la première chose dont je devrais me préoccuper c’est moi, mon plaisir, mon orgasme, mon bonheur, plutôt que mon boulot. C’est bizarre d’entendre surtout que c’est un truc essentiel.»
Finalement la place qu’on s’alloue est très infime.
Et c’est agréable d’entendre des retours comme ceux-là.

 

Tout le travail que vous avez fourni en amont vous a t-il aidé personnellement ?

Constance Larrieu :
Disons que ça nous a appris beaucoup de choses, pas dans le sens du fonctionnement, car à priori nous étions pas une équipe de miséreux.
Mais c’est surtout philosophiquement, politiquement qu’on a beaucoup appris. Ensuite, purement scientifiquement, on a notamment rencontré un directeur de recherche en sexologie. C’était passionnant, on a appris beaucoup de choses avec lui, sur le fonctionnement du cerveau, ce qu’il se passe vraiment dans le corps au moment de l’orgasme.
Donc oui, intellectuellement c’était très riche.

 

Tout ce travail vous sert-il dans la vie de tous les jours ? Pour le retour sur soi-même par exemple ?

Constance Larrieu :
Oui, mais plutôt sur la conscience du corps je dirais.
En temps que comédien aussi. Dans les écoles d’acteur, on nous demande souvent d’être conscient de notre corps. Être conscient de son corps c’est être conscient que le corps est une globalité, que ce n’est pas juste dans la tête. Comment les choses s’articulent entre elles, comment fonctionne le diaphragme, sont des choses primordiales à savoir dans notre travail.

Didier Girauldon :
Mais ce qui a vraiment changé c’est le rapport aux gens qui viennent nous parler du projet. C’est comme si nous étions devenus des références. Les gens viennent nous raconter leurs problèmes et leurs histoires. C’est étrange mais c’est assez agréable.

 

Pour conclure, en résumé quelle est la fonction de l’orgasme pour vous ?

Constance Larrieu :
Je dirais qu’en résumé c’est quelque chose de vital. Je crois qu’on s’inscrit vraiment dans la pensée de Reich, l’orgasme est au centre de tout fonctionnement vivant, du corps.
L’orgasme est nécessaire pour qu’on se sente bien dans son corps, bien dans sa vie et bien dans la société.

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