Joyce Mansour « Même morte je reviendrai forniquer dans le monde « 

 

Le musée du Quai Branly consacrait, jusqu’au 1er février dernier, une petite exposition à la poétesse et collectionneuse Joyce Mansour, l’une des figures féminines du surréalisme.

Personnage singulier et méconnu, « l’étrange demoiselle », comme la surnommait son ami fidèle André Breton, écrivait comme on pose ses tripes encore chaudes sur la table : des mots crus, des vers tranchants, une écriture suintante et sexuelle, débarrassée de toute inhibition, libérée, animale et révulsée.

Lorsque on évoque Joyce Mansour, on est fasciné par le contraste évocateur entre l’image de cette femme du monde, égyptienne, francophone d’origine anglaise, d’une élégance à la fois mystérieuse et insoupçonnable, et la violence de son univers littéraire, morbide, tourmenté, d’une insolence rare et prodigieusement scandaleux.
Une écriture bouleversante, impudique jusqu’à l’obscène, qui convoque ses démons comme pour mieux les faire parler, des atmosphères de désolation suffocantes où toute l’horreur du monde semble se déverser dans ses poèmes cathartiques, pulsions érotiques et mortifères, dévorantes et ravagées.??
Poétesse outrageante, elle était également une collectionneuse d’art accomplie, passion qu’elle partageait avec André Breton et dont on pouvait découvrir une partie de la correspondance à travers une série de lettres dans le cabinet d’exposition. Leur intérêt commun pour les arts que l’on qualifiait de « primitifs » les emmenait quasi quotidiennement à la recherche d’objets insolites et naïfs dans divers brocantes et marchés aux puces de Paris, entre autres.
On pouvait d’ailleurs voir dans l’exposition plusieurs sculptures, totems et objets issus de l’art océanique qu’elle appréciait particulièrement. Des pièces qu’elle rapportait chez elle au gré du hasard et des rencontres et qui témoignent d’un rapport souvent étroit avec son écriture : primitive et sauvage, essentielle et vitale.

Laisse-moi t’aimer
J’aime le goût de ton sang épais
Je le garde longtemps dans ma bouche sans dents.
Son ardeur me brûle la gorge.
J’aime ta sueur.
J’aime caresser tes aisselles
Ruisselantes de joie
Laisse-moi t’aimer
Laisse-moi sécher tes yeux fermés
Laisse-moi les percer avec ma langue pointue
Et remplir leur creux de ma salive triomphante
Laisse-moi t’aveugler.

Joyce Mansour,
Extrait de « Cris », 1953.

Joyce Mansour : Œuvres complètes, proses et poésie, 550 pages, 39.90 €, éditions Michel de Maule.

Une vie surréaliste, Joyce Mansour, complice d’André Breton, 254 pages, 21.00 €, éditions France Empire.

http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/mansour/mansour.html

Laisser un commentaire