Hannah Arendt, celle qui pensait pas comme les autres

Hannah Arendt est une célèbre philosophe allemande du XXe siècle qui partagea notamment son point de vue révolutionnaire sur la barbarie de la Seconde Guerre mondiale, en exposant sa théorie sur la banalité du mal.

Hannah Arendt est née à Hanovre en 1906 et meurt en 1975 à New York. Elle est juive allemande, mais non pratiquante. Elle fait des études de philosophie à Heidelberg, et un de ses profs n’est autre que le philosophe Heidegger (qui va finir par virer nazi, mais c’est une autre histoire). Elle est très attachée à son pays et à sa langue, c’est pourquoi il est difficile pour elle de quitter l’Allemagne en 1933 (tiens, mais pourquoi donc ?!) Elle habite en France jusqu’en 1940 puis part vivre aux États-Unis. En 1951, elle est naturalisée Américaine. Elle devient alors professeur de sciences politiques dans différentes universités.

La même année, elle publie Les Origines du totalitarisme, en trois volumes (L’antisémitisme, L’impérialisme, Le système totalitaire). Pour elle, le totalitarisme est « un mouvement international dans son organisation, universel dans sa visée logique, planétaire dans ses aspirations politiques ».

Dans les années 1960, elle couvre le procès Eichmann. Adolf Eichmann est un officier SS responsable de l’organisation des convois de déportation. Autant dire que c’est pas le petit péquenaud du coin. C’est un gros poisson. Et c’est ce procès qui fera connaître Hannah Arendt par le grand public. Ben ouais, les procès des criminels nazis c’est quand même quelque chose. En tant que professeur/philosophe juive, on est impatient de savoir ce qu’elle a à dire. Et là, grosse surprise, elle ne condamne pas fermement Eichmann comme tout le monde l’attendait. Elle ne dit pas que c’est la plus grosse pourriture que la terre ait portée. Elle ne dit pas que c’est un monstre de haine et de violence. Elle ne dit pas que c’est une raclure de chiotte. Non, non. Elle voit là un homme lambda, « victime de son travail » : il dit qu’il a simplement suivi les ordres.
Il ne se considère pas comme un meurtrier, il a juste obéi à ses supérieurs. C’est là qu’elle expose le concept de banalité du mal. Eichmann est un petit fonctionnaire ordinaire, incapable de distinguer le bien du mal. Il fait son travail sans réfléchir. Attention, Arendt ne le pense pas innocent pour autant ! C’est juste qu’elle estime que dans une situation de régime totalitaire, certains hommes banals se soucient plus de faire carrière plutôt que d’avoir une morale, quitte à accomplir des actes terribles. C’est très perturbant.

Eichmann correspond au petit fonctionnaire type : pendant le procès, on remarque qu’il a des capacités intellectuelles limitées. Il bafouille, se trompe de mots, fait des fautes de langage. On apprend qu’il ne lit que les journaux, aucun livre. Vraiment pas le profil du meurtrier calculateur et plein de ressentiment. Hannah dira de lui que « tout le monde pouvait voir que cet homme n’était pas un monstre ; mais il était vraiment difficile de ne pas résumer que c’était un clown. Dans les extraits du procès ( Que tu peux trouver ici ), on peut voir qu’il est séparé des autres par un mur de vitres. Et quand on le voit bouger et qu’on l’entend parler, on se demande si cette cage en verre n’est pas une précaution exagérée.

Dans sa théorie de la banalité du mal, elle avance que les actes commis pendant l’holocauste ne peuvent pas être qualifiés de maux absolus, mais explique que « la mesquinerie de cet assassinat collectif sans conscience de culpabilité, et (dans) la médiocrité dépourvue de pensée de son prétendu idéal : les meurtriers ont tué non pas pour tuer, mais parce que cela faisait partie du métier ». Après ses premières publications sur le sujet, les gens sont sous le choc. Hannah Arendt est perçue comme une nazie (ce qui est un comble pour une juive qui a dû quitter son pays pour survivre). On pense qu’elle banalise les crimes d’Eichmann, donc la Shoah en général, qu’elle minimise les atrocités qui ont eu lieu… Bref, gros malentendu, quoi. Elle démontre simplement qu’on peut commettre les pires horreurs sans être un fou furieux ou foncièrement haineux.

Son hypothèse sur la banalité du mal apporte un souffle nouveau à la philosophie, et un autre point de vue sur les crimes de guerre. Elle connut beaucoup de détracteurs au moment de la parution de ses articles relatant le procès Eichmann, mais aujourd’hui sa théorie est enseignée. Puisque de toute façon, c’est un peu ça le principe de la philo : il n’y a pas de vérité absolue, pas de « elle a tort » ou « elle a raison ». Je vous encourage vivement à voir le biopic sur Hannah Arendt de Margarethe Von Trotta, ou même carrément la lecture de Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal si vous en avez le courage.

* Hannah Arendt, Margarethe Von Trotta, 2013 *

https://www.fnac.com/SearchResult/ResultList.aspx?SCat=2%211&Search=Hannah+Arendt+&sft=1&sa=0
http://naivelivres.com/livres/hannah-arendt/

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