Frida Kahlo

Par Bibiche

Frida Kahlo est une artiste peintre mexicaine connue pour ses autoportraits, mais aussi son histoire d’amour avec Diego Rivera. Tous deux seront un couple emblématique de la première moitié du XXe siècle au Mexique, tant pour leur idylle que pour leur art et leurs convictions politiques.

Frida naît en 1907 à Coyoacan, juste à côté de Mexico City. C’est juste à l’aube de la révolution mexicaine, qui se déroule de 1910 à 1920. Pour expliquer un peu la guerre civile au Mexique, dont on ne parle pas dans les livres d’histoire en France, il faut comprendre qu’à cette époque, le Mexique est dirigé depuis plus de trente ans par le même mec, Porfirio Díaz. C’est donc une petite dictature sympathique. Et les gens en ont marre. Enfin, surtout les paysans, parce que les riches bourgeois l’aiment plutôt bien.

Un autre type, Madero, décide de candidater aux prochaines élections : il a beaucoup de succès auprès des paysans indiens et métis, et chez les bourgeois libéraux. Mais comme par hasard, peu avant le scrutin, il est incarcéré. Il parvient à s’enfuir aux Etats-Unis d’où il demande aux Mexicains de se rebeller. C’est un peu l’appel du 18 juin du Mexique quoi. Forcément, Díaz est pas super content, alors il arrête plein de « madéristes » en novembre 1910.

C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, les madéristes résistent et prennent les armes, contraignant le dictateur à fuir. Madero rentre au pays et se fait élire en 1911. Mais il la joue un peu à l’envers : il garde les hommes de l’ancienne dictature et rechigne à distribuer les terres aux paysans. Il se fait assassiner en 1913, et s’ensuit une période d’instabilité politique.
Bref, pendant pas mal d’années, c’est la merde, mais finalement, en 1917, Carranza s’impose au pouvoir et promulgue la Constitution mexicaine qui reconnaît des garanties sociales, des droits de conventions collectives, et est marquée par l’anticléricalisme. C’est la première Constitution au monde à mettre en avant de telles réformes sociales. Elle est à l’origine du Mexique moderne. Voilà pour la petite histoire.

Le père de Frida est juif-allemand, photographe et un peu peintre, et sa mère est mexicaine. Elle a trois sœurs et est très proche de l’une d’entre elles, Cristina, et de son père. À 6 ans, Frida est atteinte de la polio à la jambe droite. Elle s’en sort, mais gardera une déformation toute sa vie, qu’elle cachera sous des vêtements d’homme et des jupes longues.
À 16 ans, elle intègre la Escuela Nacional Preparatoria, école réputée de Mexico. À cette époque, bien qu’intéressée par les beaux-arts notamment grâce à son père, elle envisage de devenir médecin.
En 1925, elle a un accident qui aura des conséquences toute sa vie : l’autobus dans lequel elle se trouve percute un tramway.
Il y a plusieurs morts.
Elle est touchée au ventre, au dos, aux jambes, au pied droit. C’est presque un miracle qu’elle survive ; son bassin, ses côtes et sa colonne vertébrale sont cassés. Elle est donc alitée pendant des mois et portera un corset pendant neuf mois. C’est à ce moment-là qu’elle se met à peindre, pour combler l’ennui et évacuer ses maux.

En 1928, elle s’inscrit au parti communisme et défend l’émancipation des femmes. Elle rencontre Diego Rivera, qui est déjà un artiste connu, pendant un débat politique ou bien pendant une soirée donnée par une amie commune selon les versions. Rivera est engagé politiquement, notamment dans ses œuvres : il peint principalement des fresques représentant la révolution et travaille pour le gouvernement. Ils sont amis un temps, il la fait entrer dans « le monde des artistes » puis ils finissent par se marier, parce qu’on va pas se mentir, c’était le coup de foudre. Avant elle, il a eu trois enfants et a été marié deux fois.
La mère de Frida ne cautionne pas ça, d’autant plus que Rivera est communiste. Elle dit que c’est le mariage d’un éléphant et d’une colombe. Faut dire qu’ils forment un couple atypique : elle a 21 ans, lui 41. Il mesure plus d’1m80 et pèse environ 135 kg. Elle mesure à peu près 1m60 et pèse moins de 45 kg. Tu vois le genre.

Le couple Kahlo-Rivera a beaucoup fait parler de lui, pas uniquement parce que ce sont deux peintres, mais aussi pour l’originalité de leur maison : ils avaient chacun la leur, l’une à côté de l’autre et reliée par un pont (si vous voulez mon avis, c’est la meilleurs invention du siècle pour éviter la routine). Durant leur mariage, Frida tombe enceinte mais fait une fausse couche. Elle n’aura jamais d’enfant.
Rivera est un homme à femmes, il est très infidèle. Au début, Frida ferme les yeux. Mais à un moment, Rivera commence sérieusement à faire des conneries, il a une liaison avec la sœur de Frida, Cristina. C’en est trop. Elle ne peut pas le supporter. Elle se coupe les cheveux courts et part s’installer dans le centre de Mexico avec son petit singe de compagnie. Ils divorcent officiellement en 1939. Elle souffre beaucoup de cette trahison et de cette rupture.

Frida a des amant-e-s, notamment Joséphine Baker quand elle part à Paris en 1939 pour une expo consacrée au Mexique. Elle fera pour l’occasion la couverture de Vogue. Elle garde un mauvais souvenir de la France. Elle trouve les intellectuels arrogants au possible, et l’expo n’a pas autant de succès qu’André Breton lui a promis. Elle se rend compte que le Mexique est vu par la France comme une espèce de terre de sauvages.

Diego et Frida se remarient fin 1940. Eh oui, c’est un peu amour, gloire et beauté, mais que voulez-vous, ils s’aiment profondément.

Tout au long de sa vie, elle souffrira de douleurs physiques, en particulier du dos et des jambes. Elle finit même par avoir une gangrène des doigts de pieds et s’ajoute à cela encore plus de souffrance. Elle doit porter des corsets, elle est alitée. Elle ne peut peindre que dans son lit ou en fauteuil roulant.
À la fin de sa vie, elle est exposée pour la première fois au Mexique – ce qu’elle avait attendu toute son existence – mais le médecin lui interdit de sortir de son lit pour la préserver. C’est une grosse frustration. Elle décide alors de se faire transporter au vernissage en restant dans son lit d’hôpital.

Elle meurt officiellement d’une pneumonie le 13 juillet 1954, à 47 ans. Certains suggèrent qu’elle se serait en réalité suicidée, épuisée par les douleurs.

Les œuvres de Frida sont une représentation de sa vie : ses souffrances principalement, aussi bien physiques (cf La Colonne Brisée, 1944), que mentales, notamment concernant sa rupture avec Diego Rivera (Les Cheveux Coupés, 1940) ou sa fausse couche (Henry Ford Hospital ou le lit volant, 1932) mais aussi des moments comme sa liaison avec Trotsky (Autoportrait Dédicacé à Léon Trotsky, 1937) (oui, elle a eu une liaison avec Trotsky). Elle n’essaye jamais d’embellir sa réalité. Il y règne aussi parfois une dualité entre ses origines, sa « mexicanité » et la femme moderne qu’elle incarne. Son plus grand motto était la liberté : avoir la liberté de parler, de peindre, de danser malgré ses problèmes de santé, de boire, d’affirmer sa bisexualité, d’aimer.

Je vous conseille vivement le biopic avec Salma Hayek, Frida, sorti en 2002, qui retrace bien toute la vie de l’artiste, accompagné de ses œuvres tout au long du film.

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