Entretien avec un Vampire (non, juste un mec lambda, en fait)

par Bibiche Chevandier

J’ai un ami avec qui j’aime bien discuter. Quand j’ai décidé de participer à Junon, je me suis dit que ce serait cool si je l’interrogeais sur sa vision de la sexualité féminine.

A. aka le Baron de la Bière, a 25 ans. Il a eu quelques aventures par-ci, par-là, et une copine pendant trois ans.
Il m’a dit qu’avec elle, il a appris beaucoup. Quand je lui demande de définir le plaisir féminin, il répond que c’est  quelque chose « d’intense » et de « difficile à atteindre, pour un mec ». En comparaison au plaisir masculin, qu’il imagine
comme une jauge où la dernière partie est un point de non retour, il voit le plaisir chez les filles comme quelque chose de plus doux et régulier. En tout cas, tout a l’air bien mystérieux dans cette caverne aux délices (oui, j’ai le droit de parler comme dans un roman érotique des années 70).

Commençons par le commencement, je me suis demandée comment le Baron croit que la première fois est vécue pour une fille. Il a dit exactement ce à quoi je m’attendais : il pense que pour nous, c’est quelque chose d’important. Je lui ai bien précisé que moi j’en avais un peu rien à foutre, mais c’est peut-être pas le cas pour toutes les nanas après tout.
Même si je crois qu’on a tendance à un peu trop sacraliser ce truc. On dit qu’il faut choisir quelqu’un de confiance qui nous respecte, et même parfois, qui nous aime (encore quelque chose que je ne partage pas, l’amour n’est pas un facteur obligatoire).
Moi je crois que ce critère doit être valable pour toutes les fois, en fait. Enfin bon, A. avoue donc qu’il serait plutôt content d’être la première fois d’une fille. D’avoir cette place si valorisante. Selon lui, les premiers partenaires sont les plus importants dans la vie sexuelle d’une fille. Encore une fois, je dirais que TOUS les partenaires sont importants.

En ce qui concerne la masturbation féminine, le Baron affirme qu’il n’a aucun problème avec ça, que c’est aussi nécessaire pour les garçons que pour les filles. Pas de soucis non plus pour la masturbation tout en étant en couple. Idem pour le porno.
« Et si la fille utilise des sex-toys, tu te sentirais en concurrence ? », je demande innocemment.
« Non… Enfin, j’aimerais quand même le savoir je crois, j’aimerais pas trop qu’elle me le cache ».
Ah bon. Cette remarque était intéressante, puisque la masturbation est une activité en général solitaire, pour quoi en faire part à son/sa partenaire ?
Nous n’avions pas de réponse réellement, mais je comprenais où il voulait en venir. C’est d’ailleurs amusant, parce que je crois que moi, à l’inverse,
je n’aimerais surtout pas savoir ce que fait mon mec ou quel genre de porno le fait kiffer. Je le dis honnêtement, oui, je me sentirais en concurrence.

Nous avons aussi abordé les tabous admis dans la société à propos des filles, leur vie sexuelle, leur corps. Il a bien entendu parlé de masturbation
et était un peu étonné que les filles connaissent si peu leur anatomie et leurs désirs, contrairement aux garçons. On a parlé de ça longuement.
J’ai avancé le fait que les garçons sont en contact avec leur pénis dès le plus jeune âge, ne serait-ce que pour uriner. Nous les filles, avant nos règles, on a pas trop de raison de s’intéresser à notre vagin. Et puis, pour le voir déjà, faut le décider. C’est une initiative, pas quelque chose  qui arrive par hasard.
Ensuite bien sûr, beaucoup de filles ne se touchent pas parce qu’elles ont honte, et que le monde dans lequel on vit entretient le fait que c’est sale. Il y a tellement de blagues sur la masturbation des mecs, qu’on entend depuis les cours de récré, et aucune pour les filles.
En tout cas, il trouvait ça dommage, à juste titre, et pense que c’est le meilleur moyen de se connaître pour ensuite guider ses partenaires (eh oui, les pauvres ont déjà du mal, alors si on est même pas là pour les aider !).

Un autre tabou concernait bien entendu la façon dont les filles gèrent leur vie intime. Notamment leur nombre d’amants. Au début, le Baron me dit qu’il
pense que garçons et filles ont bien le droit de faire ce qu’ils veulent.
Et puis, soudain : « En fait, je pense que malgré tout, je crois que je juge un peu ».
Ah ? Merde. T’étais si bien parti. T’avais tout bon depuis le début, te nique pas sur les derniers mètres.
« Oui, il y a une fille avec qui j’ai couché qui a eu plein de partenaires, ben je peux pas m’empêcher de me dire que, quand même, c’est un peu une salope. »
Le mot est sorti.
Je pensais que c’était peut-être par souci d’ego, peut-être que si il s’était agit d’une fille avec qui il n’avait pas eu de relation, il s’en battrait les steaks.
J’essaie de sauver les meubles, quoi.
« Ah non non, ça n’a rien à voir. Enfin… bon, ouais je sais que c’est pas bien de penser ça. Au moins j’en suis conscient ».
C’est déjà pas mal, en effet.
Mais faudrait que ça change quand même, hein. Parce que malgré son ouverture d’esprit et l’avancée qu’il y a eu depuis des décennies et siècles, les meufs, je vous l’dis, on n’est pas sorties de l’auberge.

PS : ceci est un condensé de notre conversation, j’ai peut-être omis certains détails. On a discuté des heures, comme des potes qui refont le monde, et
je croyais avoir enregistré l’entretien. Je croyais.

PS² : étant hétéros tous les deux, cette conversation était complètement hétérocentrée, désolée pour les personnes qui ne se sentent pas concernées.

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