Bonté Divine

par Emilie

L’autre jour, en traînant à une heure tardive sur Facebook (pour voir qu’il ne s’y passait rien comme souvent), je vois s’afficher sur mon mur, Ô surprise ! Un post de Causette magazine qui, dans sa grande bonté (indice…) offrait des places pour voir un drôle de film en avant-première : « Bonté divine ». Intriguée, je joue. Et je gagne.

Le 11 février dernier, j’ai donc eu la chance de voir ce petit chef-d’œuvre d’humour croate signé Vinko Brešan qui sortira officiellement en salle le 1er avril 2015, ça ne s’invente pas.

L’histoire : une petite île croate ensoleillée mais ronronnante voit son taux de natalité s’effondrer inexorablement.

Pour tenter d’y remédier, le père Fabijan, jeune curé à la fois ambitieux et réellement investi dans la mission qui lui est confiée, est dépêché sur place. Il fait rapidement connaissance avec Petar, le kiosquier de l’île, bigot toujours prêt à aller se confesser pour un oui ou pour un non, mais doté d’un langage fleuri et grossier qui n’appartient qu’à lui.

En plus de vendre journaux, cartes postales et cigarettes, Petar propose une gamme très variée de préservatifs… Et oui, ces petits (ou gros) bouts de latex de toutes les couleurs, ces empêcheurs de procréer en rond sont les grands responsables du malheur de l’île…

Après un inventaire de la marchandise poilant où Petar apprend par exemple au père Fabijan que les préservatifs striés sont parfaits pour la sodomie (poilant mais instructif donc), ils sont rapidement rejoints par Marin, le pharmacien du village. Personnage acariâtre, xénophobe, encore hanté par le traumatisme subit durant la guerre de Yougoslavie, pour Marin, c’est évident : la baisse de fécondité de l’île, c’est un complot des Serbes ! Pays voisin et ancien ennemi qui cristallise encore toute sa haine.

Les trois complices montent alors une stratégie d’attaque délirante pour ramener la fécondité dans l’île : percer tous les préservatifs un par un et remplacer les pilules contraceptives par des vitamines. Si la manœuvre insensée s’avère payante au point de remonter aux oreilles du pape qui dépêche un de ses évêques sur place (cette arrivée en yacht blanc, mémorable !), elle finit par causer des dommages collatéraux dont la gravité finira par faire douter le père Fabijan du bien fondé de sa mission et lui faire perdre complètement pied.

Oscillant entre situations absurdes, gravité et humour noir, « Bonté divine » est corrosif et n’épargne personne (encore moins le spectateur et on en est ravi). Il est de ces films capable de vous faire pisser de rire mais vous saisir au vol dans la seconde. Vinko Brešan, armé de cet humour décapant propre à la douloureuse histoire de son pays, titille là où ça fait mal : le sexe et la religion dans la société, grand débat devant l’éternel. Par ce film, le réalisateur nous montre à quel point la religion est encore influente en Croatie et que le poids des non-dits et l’hypocrisie sont toujours lourds à porter. Mais il nous montre aussi, à travers le sujet préoccupant de la dénatalité, que la société croate s’accommode bien de ces contradictions et n’a pas attendu la modernisation de l’Église pour s’approprier sa sexualité.

Petit bijou de subversion, « Bonté divine » résonne d’autant plus comme un cri de liberté depuis l’attentat de Charlie Hebdo : en effet, le dessinateur Charb avait réalisé quelques jours plus tôt trois illustrations pour accompagner la sortie du film en France, dont un représentant le père Fabjian avec un préservatif en guise d’auréole sur la tête. Rien que ça. Oui, juste ça.

Alors, le 1er avril prochain, c’est pas une blague, allez voir ce film!

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