Anne Van Der Linden ou l’aller simple pour Lilith-land

Cela fait quelques temps que j’ai envie d’écrire un mot à propos d’une artiste que j’ai découvert il y a peu : Anne Van Der Linden.
Véritablement marquée par ses œuvres, je ne peux rester là, seule avec cette fixette collée au plafond visqueux qui me sert de cerveau.
Bienvenue dans les bacchanales de l’enfer…

Peintre, illustratrice et définitivement désertrice de la bienséance, Anne Van Der Linden développe depuis plusieurs années un univers particulier rempli de personnages étranges : ses toiles nous font voyager dans un monde chtonien, fauve et bariolé où des hommes et des femmes, des êtres androgynes à deux têtes se font jouir, où les corps s’interpénètrent, se chient, se vomissent, s’éventrent et fusionnent dans des scènes orgiaques aux atmosphères détraquées.
Une boucherie flamboyante et céleste où des furies au visage impassible s’adonnent à des rituels tout droit sortis des abîmes, on plonge alors dans un joyeux bordel comme dans l’antre de Lilith.

La sexualité est mise sur la table, sans tabou ni prise de tête (bien que tranchée parfois) et les femmes ont la part belle dans l’œuvre de l’artiste : les corps puissants et charpentés de ces femmes-femelles ne sont d’ailleurs pas sans évoquer ceux du bédéaste américain Robert Crumb dont l’artiste admire le travail.
On peut également y déceler une certaine inspiration quant à la manière d’envisager le rôle des hommes dans ces scènes : lorsqu’ils ne font pas littéralement corps avec elles, ils deviennent les objets de persécutions fascinées de ces déesses vengeresses.
Seconds rôles tout aussi enragés de ce théâtre pornographique, loufoque et barbare, tour à tour victimes et bourreaux, ils s’agrippent et résistent dans un dialogue homme / femme lumineux et brûlant jusqu’à l’os où l’on se cherche pour se fondre l’un dans l’autre, s’entredévore dans un accouplement ultime, une apogée des corps, cannibale et sensuelle.

Punk et foutraques, les tableaux peuplés d’êtres hybrides d’Anne Van Der Linden sont des paradis perdus qui électrisent, saisissent à la gorge : chaque toile est une transe, un rite vaudou, une hérésie pittoresque qui convoque nos fantasmes les plus indescriptibles dans un cirque fabuleux et apocalyptique.

À travers ses visions extrêmes, c’est l’essence même de l’humanité que l’artiste nous donne à voir, monstrueuse et belle à la fois, infinie et non finie, à jamais tiraillée entre l’un et l’autre dans une communion des corps poussée à son paroxysme, douce cruauté tirée des limbes qui saisit le regard, étripe les sens.

Contempler une œuvre d’Anne Van Der Linden, c’est finalement laisser une place bienveillante aux fantasmes vivaces, aux jeux lubriques et délirants de notre inconscient sans lesquels nous ne serions pas les hommes et les femmes que nous sommes, duels et multiples, féroces et tendres, éminemment incertains, infiniment humains.

Son dernier ouvrage « Carnage Intime » est paru aux éditions United Dead Artist, il renferme 60 dessins et peintures réalisés entre 2006 et 2014!!

http://www.annevanderlinden.net/

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