Allô maman, Libido ?

Par Bibiche

(Ok, ce titre est glauque. Mais c’est tout ce que j’avais, et ça m’a un peu fait rire intérieurement.)
À l’heure où l’on essaie de libérer les filles par rapport à leur sexualité, de les mettre en confiance, de les encourager à se découvrir,
à en parler, à avoir la même vie sexuelle que les garçons ont eu pendant des siècles, il me semble important de soulever un « problème » qui m’est arrivé : l’absence de
libido.

On parle souvent des garçons, que l’on élève comme des êtres virils, puissants, toujours en demande de sexe, mais on leur reproche aussi de n’avoir pas tout le temps envie ou de traverser une période de baisse de libido. Cela m’est arrivé. Alors certes, je n’ai sûrement pas vécu la même angoisse que mes camarades masculins, mais je voulais faire part de mon « expérience ». Cela m’est arrivé à deux reprises.
La première, après une rupture il y a quelques années, et la deuxième, récemment, après un autre deuil de relation (qui n’était pas amoureuse, enfin, ça dépend pour qui, non je ne m’apitoie pas sur mon sort, bon, vous l’avez cherché, c’était un sex-friend, je l’aimais, pas lui, mais c’est pas grave, ça arrive, et maintenant j’en ai plus rien à foutre). La période a duré environ 1 an, 1 an et demi à chaque fois.

Pour certains, ça peut être une longue période d’abstinence, mais il faut savoir que ce n’est pas forcément subi. D’une part, je n’avais pas de désir, et de l’autre, je n’avais pas envie d’en avoir. Concernant la première fois, c’est parce que j’étais dégoûtée des hommes (pardon <3) et la deuxième fois, parce que j’étais dégoûtée de moi-même, et me sentais souillée. Je pense que ça fait partie de l’aspect « réparation de l’âme » qui suit tout deuil de relation.

En tout cas, en ce qui me concerne, c’était plutôt salvateur. Il faut savoir que j’ai du mal à draguer et à franchir le cap du lit. Tout d’abord, je suis plutôt difficile, je le reconnais, parce qu’il faut que quelqu’un me plaise dans son entier, et pas juste physiquement (oui, même juste pour coucher comme ça). Je suis assez inaccessible aussi, sans oublier que je dois être vraiment sûre que je puisse faire confiance à la personne à qui je vais prêter mon vagin.
Pour autant, je ne pense pas sacraliser le sexe (pour moi, la première fois n’a jamais été imaginée comme un truc de dingue), mais je ne considère pas ça comme quelque chose d’hyper anodin non plus. J’ai donc passé des mois à ne pas penser à la séduction, les mecs, la nique, et tout ce qui va avec.
Et c’était bien.
Vraiment bien.

Et puis un jour, tiens : que se passe-t-il donc dans ma culotte ? L’envie réapparaît. Comme ça, sans prévenir.
Dans un premier temps, je peux tout de même me passer de relations physiques avec autrui. Moi, tant que je n’ai pas de cible précise, je peux me contenter par moi-même.
Parfois c’est un peu compliqué, j’aimerais être comme toutes mes potes qui s’en foutent et qui se disent juste « j’ai trop envie, faut que je trouve quelqu’un », moi je complique tout, bien sûr.
Après la réapparition simple de la libido, arrive donc enfin l’envie de quelqu’un en particulier. Bon, alors là par contre, je cache pas que ça ne marche pas à tout les coups. Mais au moins, « je suis de retour dans le game » comme j’aime bien dire.
Et là aussi c’est bien.
Vraiment bien.

Le risque de cette absence de libido (elle n’est pas que bénéfique, ce serait trop beau), c’est qu’il me devient difficile de rentrer à nouveau dans le jeu de la séduction, puisqu’à la base je pars déjà avec un handicap : comme je l’ai dit, je suis aussi douée pour draguer que pour dessiner de la main gauche (j’arrive déjà pas de la main droite, c’est dire). Quand ton corps est en période d’hibernation, dur dur de lui faire reprendre le chemin des oeillades, des sourires ravageurs, et autres caresses du bras-l’air-de-rien. C’est compliqué de re-sexualiser son corps. De se dire qu’on peut être à nouveau désirable et désirée et qu’il peut y avoir une interaction extérieure avec son vagin autre que son tampon. J’ai compris il y a quelques temps que l’initiative vient de soi, que si l’on veut être à nouveau vue comme une bombe sexuelle (ce que je suis de toute façon en toutes circonstances, bien entendu), il faut d’abord se réapproprier sa sexualité et son image de soi, sexualisée. Reconnaître
que oui, on est prêts pour l’activité physique et qu’on a pas de problème à vouloir le faire savoir. Pour me re-sexualiser, ça m’a pris quelques semaines. Voire quelques mois. C’est long, mais ça vaut le coup. Il s’agit d’accepter qu’on vous touche, ne serait-ce qu’innocemment (vous savez, cette petite main sur la taille bien placée), qu’on vous regarde, qu’on vous complimente.

J’ai changé ma façon de m’habiller aussi. Attention, ça reste moi, mes goûts, mon style. Mais j’avais longtemps mis de côté n’importe quelle fringue qui ferait qu’on me porte une attention autre qu’amical. Je voulais vraiment qu’on oublie mon enveloppe corporelle. C’est assez difficile de se remettre aux décolletés, aux robes, de se voir soi-même comme jolie et peut-être même désirable. De se voir tout court en fait. Je me rends compte que j’ai complètement occulté mon corps pendant cette période d’abstinence.
J’ai appris à me regarder, vraiment. Ca semble très simple, mais mine ne rien, ça fait la différence. A ne pas être dégoûtée de mon corps, à ne pas l’oublier surtout, à le redécouvrir, à défaut d’en être complètement fière. A ne pas le laisser de côté, comme le pote boulet d’une soirée, qu’on est obligé d’inviter, mais avec qui on évite toute interaction. C’est un chemin assez long, mais qu’il est nécessaire (pour moi en tout cas) d’appréhender petit à petit. C’est ce qu’il me faut pour me remettre dans le bain, doucement, mais sûrement.
Je sais cependant que je ne suis pas à l’abri d’avoir de nouveau cette absence de libido, sentimentale que je suis, il y a des chances que cela arrive après ma prochaine relation. Mais ça ne me fait pas peur, je sais que ça revient, je sais la gérer, et comme je l’ai dit, pour moi c’est une phase par laquelle je me dois de passer pour repartir du bon pied. C’est juste un peu chiant parfois, en fait, quand on voit toutes ses copines pécho. Mais ça passe.

Conclusion : quand la libido n’est pas là, ne la pressez pas, faites-lui confiance (faites-vous confiance), elle reviendra toute seule, à son rythme, en grande forme et sûre d’elle.

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