48 Minutes II

par Shoshannah

Sachant toutes les deux ce qu’il allait se passer, nous ne mîmes pas longtemps avant de nous installer.
Je me mis alors au centre du lit où se trouvait déjà une corde rattachée à mon sommier qui allait servir de longe aux liens qui enlaceraient
mes poignets…

C’est emplie d’un doux mélange de confiance et d’appréhension que je m’étendis et que je joignis mes mains pour lui signifier que j’étais prête.

Plus que jamais décidée à me faire languir, elle se saisit de la corde qui me servirait de menottes et l’observa d’un air entre la circonspection et l’amusement. Elle la caressa du bout des doigts et en saisît délicatement une des extrémités. Elle prît la corde de l’autre main et tira le bout jusqu’à obtenir un tronçon d’une longueur qui lui paraissait satisfaisante.

J’avais envie de lui dire de se dépêcher mais une part de moi-même voulait qu’elle y mette des heures. Très lentement, elle joignît ses deux mains pour former une boucle et répéta l’opération autant de fois qu’il le fallait pour enrouler les trois mètres de liens dont elle disposait.

C’est son visage pendant ce moment presque solennel qui me touchait. Tant de détermination et de soins dans le seul but de faire jouir quelqu’un, dans une pure démarche de don, c’était très beau. Ce soir-là, je me donnerai à elle et elle me donnerait du plaisir, l’échange était équitable. Elle avait l’air de trouver cela beau aussi, de pouvoir m’attacher, et cela se voyait. Elle en devenait du coup très belle. Quoique. Non. Mon amante n’était pas belle. Loin de là.

La beauté a cela de fragile qu’elle fait écho dans les esprits à travers un prisme d’appris. Elle répond à des normes subjectives qui, sous nos latitudes, prônent la symétrie, les proportions mathématiques, la sexualité vulgaire et la soumission d’un genre à l’autre. Alors non, mon amante n’avait rien d’une belle femme. Non. Elle, elle était ravissante. Dans le mot « ravissante » il y a le mot « ravir » et c’est ce qu’elle faisait.
Elle me mit à sac ! Elle avait une allure qui me volait mes regards sans que je puisse rien y faire. Comme un cambrioleur, son apparence défonçait la porte de mes yeux, renversait tout à l’intérieur de mon esprit et ressortait par là où elle était entrée, avec son butin en forme de regards admiratifs. Elle me volait ces regards, elle était ravissante. Et cela allait bien au-delà d’une simple attirance pour les traits de son visage ou les lignes de son corps.

C’est donc cette femme ravissante qui allait me ravir ma liberté. Une fois le nœud serré autour de ma menotte de corde, mon sort était scellé. Si je me débattais, le nœud coulisserait et se mettrait à serrer mes poignets de plus belle. J’avais intérêt à rester sage.

J’étais là, soumise, les bras au-dessus de la tête, les mains liées et j’attendais qu’elle se décide à commencer les hostilités. Elle prenait toujours autant de plaisir à me défier avec ses railleries à propos du fait que je ne tiendrai pas la distance. Elle me demanda, avec son éternel sourire, si j’avais une horloge. Je lui indiquai mon réveil au pied du lit pour qu’elle puisse regarder l’heure. Je m’amusai de cela, elle allait réellement guetter le temps ?! Que c’était gamin, sadique et pervers ! Quand elle eût regardé l’heure, elle me lança :

− Tu es prête ?

Je ne me rappelle pas avoir répondu mais oui, j’étais prête et elle l’a compris. Dans un geste d’une candeur quasiment insupportable au vu du contexte, elle vint embrasser mes lèvres pendant qu’elle finissait de camper sa position à cheval sur moi. C’est alors qu’elle commença à me provoquer autant qu’elle le pouvait, toujours en me murmurant que j’allais trouver le temps très long. Et il me semblait qu’elle avait raison mais… Ce qu’elle commençait à ce moment-là, je l’aurais subi des heures ! Elle s’affairait à prendre possession de moi, elle me caressait de haut en bas, comme si elle découvrait mon corps après l’avoir longtemps quitté.
Pendant ce temps-là, mon corps découvrait ses mains et fit connaissance avec son toucher. Chaque caresse laissait derrière elle une trace, comme si ma peau voulait en garder la sensation jusqu’à ce que toute sa surface en soit recouverte, comme enveloppée de plaisir. Évidemment je frémissais. Beaucoup. Ses mains, comme sa bouche, étaient des expertes de mon corps. Elles savaient comment le toucher, le palper, le presser, le gifler, le griffer, l’apaiser, le flatter… La première fois que j’ai passé une nuit en sa compagnie, j’ai appris d’emblée qu’il ne fallait pas me fier à la finesse de ses doigts et de ses bras. Ils étaient aussi redoutables que délicats.

 

− Ça fait une minute !

Une minute ? Comment ça une minute ? Elle avait vraiment compté ? Le temps m’avait paru si long mais si impalpable à la fois ! Comment est-ce que j’allais bien pouvoir gérer ça ? Après cette première minute, elle commença à me toucher avec plus d’insistance et une intention clairement érotique. Lorsque ses mains venaient se poser sur les zones les plus sensibles de mon corps, je me sentais trembler. Je m’étais transformée en cocotte-minute, la chaleur qu’elle dégageait faisait monter en moi la pression. À ce moment-là, tout devint particulier. Chaque geste de cette femme me mettait dans un état second, comme si elle me pénétrait profondément. Or, ce n’était absolument pas le cas.

Elle portait toujours ses vêtements et moi j’avais toujours ma culotte en dentelle noire, mes porte-jarretelles, mes bas et mon soutien-gorge. Elle, elle avait un haut bleu-ciel terriblement large au col. Un de ces cols qui finit en cascade au milieu du buste, qui laisse deviner l’ampleur du tissu et tout l’espace que cela offre pour y glisser les mains. Mais ça, je ne le pouvais pas ! J’étais prise au piège, attachée, forcée de supporter ce que je voyais ! Mais ce que je voyais était magnifique.

Lorsqu’elle se penchait sur moi, le col de son vêtement, attiré par la gravité, tombait assez bas pour que je puisse voir dans son décolleté. C’était fabuleux. Je voyais tout, depuis la base de sa gorge si fine que je pouvais serrer d’une main – lorsque nos jeux s’y prêtaient – jusqu’à ses seins encore emprisonnés dans son soutien-gorge. Cette vision me rendait folle de désir.

Sa gorge, son cou si délicats étaient posés sur de belles épaules d’une finesse incroyable. Ses clavicules saillantes dessinaient une arrête tranchante mais à l’air fragile à la fois.

Elle était frêle, comme elle disait, mais elle ne m’inspirait ni la faiblesse ni la fragilité. Elle me faisait plutôt penser à une sculpture de marbre grecque, avec ses détails délicats mais faisant partie d’un ensemble solide. Je commençais à perdre le contrôle.

− Ça fait cinq minutes, tu tiens le coup ?

J’ai acquiescé mais une pensée inattendue vint court-circuiter mon esprit à ce moment-là : cinq minutes, cela voulait dire qu’il ne me restait plus que quatre fois et demi le temps dont je venais de profiter. Ma conscience s’en réjouissait – bientôt je pourrai la toucher ! – mais mon corps en voulait plus !

Pour lire la réaction sur mon visage, elle se redressa. Je la dévorais du regard, je la scannais de haut en bas pour ne pas en perdre une miette. J’avais devant moi la preuve qu’il existait un langage non-verbal ; j’aurais pu le parler toute la nuit.

A Suivre …

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