48 Minutes I

par Shoshannah

« En toute espèce de biens, posséder est peu de chose ;
c’est jouir qui rend heureux »
Beaumarchais

« Le sexe n’est pas l’amour,
ce n’est que le territoire que l’amour s’approprie »
Milan Kundera

Elle me fixait. Droit dans les yeux.

Ses yeux n’étaient pas ce qu’ils avaient l’air d’être ; ils n’étaient pas petits, ils n’étaient pas grands, ils n’étaient pas juste marron. Ses yeux étaient colorés de vices et de vertus, d’intelligence et d’émotions.
Ses yeux étaient des animaux sauvages, farouches et insaisissables. On sentait néanmoins qu’elle avait le regard profond, pour autant qu’elle laissait quelqu’un s’y plonger. Ce n’était pas mon cas ; la seule intimité que cette femme partageait avec moi était celle de ses nuits.

Nous avions convenu que ce soir, une fois la porte de mon appartement passée, je lui appartiendrai. Alors j’étais assise là, en face d’elle et elle me regardait avec défiance. Je lui rendis son regard et la mis au défi elle aussi.

Elle voulais me posséder, j’étais parfaitement d’accord avec cette idée et je me réjouissais de cet instant où elle aurait décidé de mettre ses plans à exécution. J’avais envie d’être sa chose, de me soumettre et je voulais qu’elle aime ça autant que moi.

On aime posséder de beaux objets, aussi, je m’étais vêtue en conséquence et j’avais tâché de me faire belle. J’avais mis ce rouge à lèvres qu’elle aimait tant voir sur ma bouche et j’avais laissé mes longs cheveux bouclés courir sur mes épaules. Je portais une robe jaune pâle sous laquelle j’étais habillée de bas résilles, d’un porte-jarretelles et de sous-vêtements de dentelle noire. <br>
J’avais pris le soin de lui dévoiler tout à l’heure, sous la table du restaurant où nous avions rendez-vous, que mes résilles étaient tenues par un porte-jarretelles qu’elle ne m’avait jamais vu porter. Comme nous n’étions pas seules à table, j’avais simplement fait glisser sa main le long de ma cuisse jusqu’à ce qu’elle touche les fermoirs qui accrochaient mes bas et je m’étais délectée de son regard exaspéré.

Maintenant nous étions là, toujours au salon, en train de nous regarder avec envie. Puis vint le moment où je vis dans son regard qu’il allait se passer quelque chose. J’avais raison. Elle eut un rictus et ouvrit grand les yeux avant de me lancer presque sèchement :

− T’as un porte-jarretelles ?
− Oui. Répondis-je en souriant, sans lâcher son regard.

Elle ricana en me disant :

− Salope ! Elle fit une pause en m’adressant un immense sourire et me lançât : « Enlève ta robe! »

Trop heureuse de recevoir mon premier ordre, je m’exécutai. Mon corps en tressaillant répondit alors à une question que je me posais. Oui, j’aimais être soumise. J’aimais le fait qu’elle dispose de moi comme elle en avait envie. J’aimais lui donner le contrôle parce qu’elle le prenait merveilleusement bien.

Après avoir retiré ma robe je restai là, devant elle, en sous-vêtements, mes yeux toujours rivés dans les siens. Elle me toisa en souriant, sûre d’elle et décontractée. Elle était à présent maîtresse en ma demeure et elle m’appela – sans rien dire – à la rejoindre sur le canapé de cuir noir.

Elle apprécia mon corps de ses yeux, puis de ses mains. J’en profitai pour me pencher sur ses lèvres et l’embrasser pleinement.
J’adorais sa bouche et elle le savait. Elle avait une bouche magnifique, avec des lèvres pleines et confortables d’un rouge lie-de-vin des plus sensuels. Lorsque je regardais le visage de mon amante, j’adorais m’arrêter sur sa bouche et la contempler longuement pour la caresser des yeux. La ligne blanche au-dessus de sa lèvre supérieure était nette et délimitait la frontière d’un territoire de plaisirs infinis.

J’y étais une migrante qui avait eu la chance d’échouer là avec son canoë de fortune, sur cette magnifique plage qui n’était pas de sable et où ce n’étaient pas les vagues qui vous léchaient la peau. J’aimais la douceur et la fougue de ses baisers.  Ils me communiquaient toujours la vérité sur l’envie de ma partenaire et étaient la source de nombre des frissons que cette femme provoquait chez moi.

Lorsqu’elle effleura mes lèvres des siennes avant de passer un furtif coup de langue sur la mienne, qui cherchait frénétiquement le contact… Quand elle détourna la tête au moment de m’embrasser pour laisser s’échapper un soupir au creux de mon oreille… Cette femme savait user de sa bouche, que mes orgasmes en soient témoins !

À peine avais-je eu le temps de faire monter la température qu’elle me repoussait déjà du menton pour me proposer d’aller dans ma chambre, où nous attendaient mon grand lit et les quelques mètres de corde qui allaient servir à m’immobiliser le temps de nos ébats.

Vingt-huit minutes. Au moins.

C’était, avait-elle lu quelque part, le temps qu’il fallait prendre pour faire jouir une femme afin qu’elle ressente un orgasme « incroyable ». Elle me savait impatiente, avide de son corps et de sa jouissance. Aussi, elle prenait un malin plaisir à me rabâcher avec satisfaction que j’allais mourir d’envie qu’elle me détache avant la délicieuse échéance.

Vingt-huit minutes.

J’allais probablement vers les vingt-huit minutes les plus délicieusement insupportables que j’avais jamais vécues.

Une fois debout, je la serrai dans une étreinte que je voulais douce et affectueuse, pour lui démontrer une dernière fois que j’avais entièrement confiance en elle et qu’elle pourrait m’emmener là où elle voudrait sur le terrain du plaisir. Ce soir, je montais à bord et je me laissais conduire.  C’est d’ailleurs pour cette raison que je la poussai en direction de ma chambre, pour qu’elle ouvre la marche. Je la laissai prendre deux pas d’avance et c’est en s’arrêtant dans l’entrebâillement de la porte du salon qu’elle me regarda avec douceur pour me lancer un : T’es sexy », qui fit de moi, en l’espace de deux secondes, une femme sublime.  Je rougis sûrement un peu après l’avoir timidement remerciée. J’avais envie de lui retourner le compliment mais ce n’était pas le moment. En cet instant, j’avais juste envie de la suivre et de lui obéir sagement.

Une fois dans ma chambre, nous nous installâmes dans mon lit encore frais. Elle s’y coucha en travers, sur le dos, de telle manière que j’étais obligée de venir sur elle un court instant. Un très court instant. Sachant toutes les deux ce qu’il allait se passer, nous ne mîmes pas longtemps avant de nous installer. Je me mis alors au centre du lit où se trouvait déjà une corde rattachée à mon sommier qui allait servir de longe aux liens qui enlaceraient mes poignets…

A Suivre …

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